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POUR MOI, LE CAMP C’EST…

Posté le 31 mai 2010 par spreston

Récemment, Kids in Camp, organisme caritatif ontarien dont le but est de permettre aux enfants de tous les milieux de fréquenter des camps, a invité d’anciens campeurs à venir raconter les moments forts de leur passage dans les camps.

Le témoignage de ces six anciens campeurs donne matière à réflexion aux conseillers de camps à l’aube de la nouvelle saison. Il en est ressorti qu’il ne faut jamais sous-estimer l’influence que les camps auront sur les jeunes et sur vous, les chefs.

Adam van Koeverden, médaillé d’or olympique, équipe canadienne de kayak
De nos jours, les enfants ont trop de prétextes pour rester dans la maison : jeux vidéo, télévision et ordinateur. Moi, enfant, mes séjours dans les camps d’été étaient hautement instructifs : dès les premiers instants où je me suis retrouvé en pleine nature, j’ai su que j’étais chez moi. En plus, j’avais choisi de m’adonner à un sport que plus d’un considérait étrange et pour le moins insignifiant. Ainsi, dès l’instant où j’ai reçu ma première leçon d’un conseiller du camp et que j’ai su comment garder mon équilibre dans un kayak, j’ai tout de suite compris que c’était mieux que de jouer à des jeux vidéo.

Tom Alderman, ancien journaliste à la télévision anglaise de la SRC
À l’époque, je devais avoir 11 ou 12 ans. Un jour, le camp que je fréquentais a organisé un coin loisir qui comprenait, notamment, une section « journal ». Curieusement, j’ai été le seul à m’y présenter. Faisant fi du peu d’intérêt que suscitait son activité, le conseiller m’a regardé et m’a dit : toi et moi allons mettre sur pied le journal du camp. Plus tard, j’allais apprendre que ce conseiller avait travaillé à temps partiel dans une salle des nouvelles. Toujours est-il que cela m’a semblé une excellente idée. Tous les jours, je me promenais, cahier en mains, et abordais les gens qui, d’habitude, ne me prêtaient pas grand attention et retranscrivais ce qu’ils me racontaient. À la fin de la semaine, moi et le conseiller imprimions le journal et le distribuions aux campeurs et au personnel. Et là, tous lisaient mon nom et ce que j’avais écrit. Après une semaine, je savais que j’avais trouvé ma voie.

Jane E. Kelly, juge de la Cour supérieure de justice pour la province de l’Ontario
C’est pendant mes séjours dans des camps que j’ai appris à être tolérante, à exprimer mes opinions de façon nuancée et à me montrer bonne perdante. Je me plaisais tellement dans les camps que j’y ai passé dix beaux étés, soit jusqu’à ce que je commence mes études de droit.

À dire vrai, je me demandais comment je décrocherais un emploi sur la rue Bay à Toronto, si la seule expérience dont je pouvais me justifier était conseillère de camp. J’ai vite compris que cela ne poserait aucun problème, puisque tous les responsables du recrutement m’assuraient que ce que j’avais appris était cent fois plus pertinents que ce que j’aurais appris à travailler au McDonald. Et vous savez quoi? Ils avaient raison! J’ai obtenu un emploi là où je voulais et 25 ans plus tard je suis juge de la Cour supérieure de justice.

Et comment j’applique ce que j’ai appris au camp quand vient le temps de juger quelqu’un? Et bien, d’abord je me montre courtoise en cour tout comme le personnel du camp se montrait courtois avec moi. J’écoute attentivement et objectivement ce qu’on a à me dire, tout comme le directeur l’avait fait avec moi la nuit où après le quand couvre-feu j’étais entrée en douce, avec deux copines, dans la cuisine. Finalement, j’espère me montrer aussi respectueuse envers les parties à un litige que le directeur envers moi lors de cette même nuit.

Mickey Johnstone, directeur de camp à la retraite, est d’avis que les campeurs apprennent de précieuses leçons de vie
Pendant leur séjour, les enfants cohabitent dans une tente ou un chalet, ils apprennent donc le sens du partage, de l’autonomie, de la responsabilité et de l’importance de tisser des liens. Ils apprennent à moins se concentrer sur leurs propres petits problèmes et à se préoccuper un peu plus des autres. Plusieurs de mes amis septuagénaires et octogénaires vous diront qu’ils ont consacré plusieurs années à faire de l’argent pour finalement découvrir qu’au bout du compte, ce qui importe ce sont les gens, surtout la famille et les enfants et non l’argent. Nulle part ailleurs, nous prépare-t-on aussi bien à la vie quotidienne, nous enseigne-t-on l’importance des relations humaines et à penser en équipe et non en individu. Lorsqu’on y regarde de plus près, que ce soit pour réussir sa carrière ou son mariage, il faut penser en équipe.

L’honorable Larry Bagnell, député du Yukon
En sociologie, une théorie éprouvée avance que souvent, lorsqu’un enfant n’a rien devant lui et que tout le destine à la prison ou à l’échec, il suffit d’une personne pour le guider dans le droit chemin et transformer ses échecs en réussites. Quand j’étais directeur d’un camp pour enfants défavorisés, j’ai été le témoin privilégié de telles transformations : le personnel du camp jouait le rôle de la « personne guidante ». Les campeurs prenaient conscience de ce que leur vie pourrait être et une fois de retour dans leur milieu, souvent très défavorisé, ils canalisaient l’énergie acquise au camp, pour survivre et se discipliner de façon à se bâtir une vie meilleure et à établir des contacts pour eux et leur famille.

Graeme C. Clark, ambassadeur et représentant permanent du Canada auprès de l’Organisation des États américains
Avec le recul, quelques-unes de mes premières leçons en leadership, comme enjôler un campeur capricieux à essayer un nouveau met, motiver des garçons à garder leur chalet relativement propre, obtenir un consensus parmi les conseillers pour les congés, signaler avec tact et fermeté des problèmes de rendement au CIT ou encore composer avec les attentes élevées d’un directeur de camp déterminé à soutirer le meilleur de nous-mêmes, ont été apprises lors de mes séjours dans des camps. Ces leçons en leadership et en diplomatie ont guidé mes pas tout au long de ma vie et de ma carrière de fonctionnaire, de gestionnaire et de diplomate.

Passez un bel été!

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