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Enseigner la tolérance au camp

Posté le 13 mai 2017 par Gary Pryzner

Généralement, lorsque je dois régler un différend, je ne cherche pas à créer deux camps : je cherche plutôt à les écouter. Ce principe s’applique autant à une bagarre entre deux campeurs qu’à une mésentente sur une question concernant les Premières Nations ou les personnes LGBTQ. Cela dit, il n’existe pas de recette permettant de catégoriser une dispute… et c’est très bien ainsi!

Les étiquettes : les meilleurs adjuvants de la dispute. On ne le dira jamais assez : personne ne veut se faire étiqueter. En fait, la plupart des désaccords dégénèrent parce qu’une personne se sent sous-estimée.

Mes années d’expérience m’ont révélé l’existence de certains facteurs communs à l’ensemble des disputes. En les gardant à l’esprit au moment d’une altercation, on peut souvent y mettre fin bien plus tôt que prévu et obtenir un meilleur dénouement. En outre, si j’approche les autres par des gestes qui tiennent compte de ces facteurs, j’ai de bien meilleures chances de prévenir la dispute.

Chaque personne a une valeur intrinsèque. Chacun compte. Et chacun a de bonnes choses à offrir à sa famille, à sa communauté, à sa nation ou au monde. J’admets que certaines des choses offertes ne sont pas bonnes. J’admets aussi que certaines croyances sont fausses. Mais nous devrions tous pouvoir profiter du droit d’avoir des croyances et du droit de choisir. Ces libertés sont plus importantes que n’importe quel différend pouvant survenir entre moi et autrui.

Deux personnes ne peuvent être d’accord sur tout. Cela signifie qu’il est possible d’exacerber les querelles et de diviser les gens jusqu’à l’anéantissement de la communauté et au triomphe de l’individu. Ne serait-ce pas tragique?

Par l’écoute, j’apprends. Écoutez le récit de l’autre, les raisons qui l’amènent à croire en ce qu’il fait et à y accorder de l’importance. Même si je n’adopte pas la structure de croyances de l’autre, j’aurai à tout le moins compris une parcelle de ce qui compte pour lui. Peut-être veut-il militer pour une cause qui défie mes convictions habituelles. Peut-être veut-il le faire pour des motifs liés au dévouement, à l’équité ou à une valeur que je chéris moi aussi. Si je refuse de l’entendre parce que je m’oppose à sa cause en général, il comprendra que je m’oppose au dévouement ou à l’équité.

Nous sommes extraordinaires. Nous sommes capables d’aller sur la lune et d’en revenir, de construire des stations spatiales, de trouver des remèdes pour des maladies qui jadis décimaient des sociétés entières. Pourquoi est-ce si difficile de croire que nous avons tous quelque chose de précieux à honorer?

Avant de vous défendre, posez des questions. « Sommes-nous vraiment en désaccord? » Même une question aussi simple peut générer suffisamment de doute pour que l’autre se calme un peu. Poursuivez en demandant à votre interlocuteur de vous répéter son principal motif de désaccord. Puis, demandez-lui quelles sont les valeurs sur lesquelles reposent son point de vue. Ne pensez pas une seule seconde à votre réponse pendant que vous écoutez. L’écoute, ça sert à apprendre, à entendre et à comprendre.

Créez toujours de l’espace pour un autre point de vue, mais demeurez respectueux de votre interlocuteur. Parlez de manière à démontrer l’existence de cet espace. Comme on le sait, c’est lorsqu’ils se sentent pris au piège que les ours passent à l’attaque. Alors laissez les gens choisir lorsqu’ils le peuvent.

Vos émotions définissent votre mécontentement, pas celui de l’autre. Les émotions vives, comme la jalousie, la rage, la peur ou la haine, signalent la présence en soi d’un problème non résolu. Ainsi, la prochaine fois que vous vivez une émotion du genre, profitez-en non pas pour dire à quelqu’un ses quatre vérités, mais pour vous pencher sur les problèmes irrésolus en vous. Si votre émotion résulte de la critique d’autrui ou d’une forme intense de dénigrement, tentez calmement de circonscrire la partie véridique des accusations, puis commencez à opérer les changements qui s’imposent.

La défensive nourrit l’offensive. Au karaté, quand mon adversaire sent que je résiste, il accentue sa poigne. Mais s’il sent que je relâche mes muscles, il ne peut pas s’empêcher d’en faire autant. Par conséquent, quand une personne – qui que ce soit – vous en veut, ne vous contenez pas d’écouter : expliquez-lui aussi qu’il est important pour vous de la comprendre et que vous la remerciez de vous faire part de son mécontentement. Puis, posez des gestes qui appuient vos paroles. Au fond, tout cela signifie que quand la situation s’envenime, il faut relâcher sa poigne et faire preuve d’amour.

Lorsque vous êtes le médiateur, recentrez la discussion à l’aide de questions. Il est très difficile d’amener quelqu’un à valoriser le point de vue d’autrui. Ainsi, quand je demande à deux garçons qui se sont battus de me donner leur version des faits, j’entre dans un cauchemar sans fin où chacun tente d’établir le tort de l’autre. Or, en leur for intérieur, tous deux savent qu’ils auraient pu agir différemment… qu’à un certain moment, ils ont choisi de répliquer. Au lieu de vous concentrer sur ce qui divise, intéressez-vous à ce qu’ils préféreraient ne pas admettre. Je leur demande souvent tour à tour ce qu’ils auraient pu faire différemment ou ce qu’ils savent qu’ils n’auraient pas dû faire, en commençant par celui que j’estime le plus susceptible de faire amende honorable le premier. S’il commence par parler de son camarade, je l’arrête, et je lui dis : « Non, qu’as-tu fait de mal, toi? Ce que lui a fait de mal, il me le dira quand ce sera son tour. » Le premier aveu entraîne presque toujours le second. Par la suite, les garçons se demandent souvent pardon avant même que j’y arrive, et ils repartent bons amis.

Bref, en embrassant nos différences, on embrasse aussi nos similitudes.

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Camp Director at Camp Sagitawa
Gary Pryzner is the Camp Director of Camp Sagitawa in Moberly Lake, BC.