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Les contes enrichissent l’expérience de camp

Posté le 12 mars 2013 par Joe Richards

Tout commence avec une histoire : « C’était une fois… »

Pour moi, cela a commencé quand j’étais campeur. J’adorais avant tout les feux de camp. Notre camp en tenait un tous les soirs. On allait au camp pour une semaine seulement et cinq fois pendant cette semaine, on s’assoyait autour du feu pour chanter des chansons, regarder des sketchs et écouter des contes.

Les contes ont frappé mon imagination, m’emportant vers un autre monde chaque soir. À la lumière vacillante du feu, j’écoutais les moniteurs conter leurs histoires. Lorsque j’ai entendu mon premier conte, Le meurtre de Dan McGrew, j’ai été transporté dans la ville minière où se déroulait le récit. Lorsqu’ils racontaient l’histoire d’un naufrage, j’étais sur l’île avec les personnages. J’étais toujours pris par surprise lors du dénouement. Le conte est quelque chose de magique qui devrait faire partie intégrante de l’expérience de camp.

Lorsqu’on veut transmettre l’histoire de notre camp, est-ce qu’on l’écrit sur une feuille qu’on distribue à tous les campeurs pour qu’ils puissent lire sur le « grand chef » ou « le disparu  »? Non. On partage ces expériences sous forme de conte. On se sert de la tradition orale pour transmettre les émotions, le ressenti et la solennité de l’expérience. Les contes que nous entendons restent gravés dans notre esprit longtemps après que les autres souvenirs de camp se soient estompés. On se souvient de notre séjour au camp et on le partage par des histoires. Vos campeurs retournent à la maison chaque été et racontent des milliers d’histoires sur le camp.

Le conte était au cœur de l’expérience à de nombreux camps, mais à un moment donné, il est passé au second plan. Doter votre camp d’une tradition de conte offre de nombreux bienfaits. Le conte a un pouvoir unique de transmettre des leçons de vie et de morale qui restent gravées dans l’esprit des campeurs longtemps après qu’un simple message se serait estompé.

Comment instaurer une tradition de conte au camp? Quelques suggestions :

1.    Commencez par raconter – cela peut sembler simpliste, mais si on ne raconte pas de contes, on ne créera pas de tradition.

2.    Ne lisez pas, racontez – très peu d’histoires doivent être lues mot par mot. Aidez vos moniteurs à inventer leurs propres histoires, à les adapter et en faire quelque chose pour lequel on se souviendra d’eux.

3.    Interagissez avec l’auditoire – choisissez des contes qui font participer les campeurs par des sons et des gestes. La répétition dans le conte est ici essentielle. De mémoire, la meilleure partie du conte Le meurtre de Dan McGrew, c’étaient les sons et les gestes associés à chaque personnage qui faisaient en sorte que les campeurs étaient suspendus aux lèvres du moniteur en anticipant leur rôle.

4.    Fournissez des ressources – mettez des livres contenant des contes à la disposition des moniteurs. Demandez-leur d’arriver au camp avec un conte préparé et faites-leur-le raconter pendant la formation – cela les aidera à parler en public et vous aidera à trouver parmi vos moniteurs de grands conteurs que vous n’auriez peut-être jamais soupçonnés.

Le conte est un art qui s’apprend. Le conte doit être encouragé au camp. Le conte est ce que nous faisons chaque jour lorsqu’on explique pourquoi un enfant devrait aller au camp. Et vous, êtes-vous bon conteur?

Le magie de conte

Posté le 30 octobre 2012 par Dan Yashinsky

En 1972 j’ai quitte la Californie pour venir m’installer a Toronto, où je finissais mes études, à Toronto. J’ai obtenu un poste d’été a Bolton Camp, une colonie de vacances en Ontario. Cette colonie était administrée par les Services familiaux (Family Services) et les campeurs venaient des quartiers les plus defavorisés de Toronto. J’arrivai riche d’expériences vécues variées: j’avais été emprisonné à Santa Barbara pour avoir manifesté contre la guerre au Vietnam, j’avais reçu un coup de matraque sur la tête de la part d’un agent de la CRS à Paris au moment de l’invasion de la Tchecoslovaquie par les Russes, j’avais lu Homère et Chaucer et ainsi de suite; toutefois, aucune de ces expériences ne m’avait préparé pour la rencontre avec mes “Seigneurs” en miniature de la pagaille. Par bonheur, je réussis a decouvrir que ces gamins de huit ans, a demi-sauvages, aimaient les contes de fée—plus les contes étaient longs, et mieux ils les aimaient.

Un soir, comme nous étions assis autour d’un feu de camp, je subis une révélation. Un des moniteurs de la colonie était en train de débiter une longue histoire sur le Vieux Bolton. Il s’agissait de notre fantôme local qui, selon l’histoire, tuait à coups de hache ses victimes. On disait qu’après avoir coupé en morceaux tout le monde, il s’était echappé dans la fôret qui entourait la colonie. “La”, nous dit doucement l’animateur,” le Vieux Bolton, tout en boitant, passe toujours son temps à abattre les campeurs égarés.”

A ma grande surprise, mes gamins s’étaient transformés d’un coup en les meilleurs auditeurs du monde. A ce moment-là, une fenêtre s’ouvrit dans le temps pour moi et je me rendis compte que ces enfants en train de subir le charme d’une histoire de fantôme racontée dans une colonie de vacances de notre époque, portaient une forte ressemblance a l’auditoire de la Royauté grecque ancienne, celle qui entendait avec délices les grandes epopées chantées par Homère. Même en 1972 le feu sacré du conte flambait encore, l’art du conte vivait toujours et les êtres humains—surtout mes gamins crasseux mais fervents et avides de héros—n’avaient pas perdu la passion des histoires racontées de vive voix.

J’étais mordu. Mais voilà le problème: malgré mon desir d’apprendre l’art mystérieux du conte et malgré que je detenais mon propre auditoire captif, j’étais fort timide et oublieux et de plus, je ne connaissais pas de contes!

Donc j’ai fait ce que les gens ont toujours fait au cas d’urgence: je suis allé a la bibliotheque. Les jours de congé je faisais le trajet jusqu’à la bibliotheque pour enfants torontoise nommée “Boys and Girls House.”

La, je consultais maints volumes d’histoires varies, puis je rentrais à notre colonie à Bolton muni d’une pile de contes. Au début je les lisais seul à haute voix chaque nuit. Un soir, enfin, cet été là, le moment de verité eclata. J’avais appris par coeur un conte de fée folklorique que je décidai de reciter a mes gamins. Le début du récit se passa plutôt bien: “Il y avait une fois un roi et une reine, et le roi perdit la vue. Il fit venir ses trois fils et leur dit, ‘Allez chercher un remède a ma cécite.’ Les deux premiers princes s’en allèrent aussitôt, mais le troisième, un bon a rien paresseux, se dirigea vers le jardin pour faire un somme à l’ombre de son pommier préferé.”

J’étais sur le point de dévoiler à mes mômes le rève héroique que faisait ce prince, quand Frankie, mon plus grand provocateur, celui qui semait la zizanie partout, choisit ce moment pour péter en faisant un bruit infernal qui secoua la cabane. Un vrai tohu-bohu suivit. J’étais si furieux que je le mis à la porte , rompant d’un coup tous les réglements et conseils prescrits aux moniteurs ainsi que ceux donnés sur la bonne garde des enfants. Ensuite je repris le fil de l’histoire, tandis que Frankie frappait à la porte en hurlant que le Vieux Bolton allait le dépécer.

Malgré l’agitation, les autres garcons réussirent à entendre les aventures du troisième prince: comment il avait suivi son rêve, comment il était parti à cheval sur le chemin de sa quête, comment, avec l’aide se son cheval puissant il avait conquis le Mal, comment il avait épousé le bel Oiseau de feu et enfin, comment il avait réussi à guérir la cécité de son père le roi. C’est une histoire formidable, et mes gamins – sauf Frankie – passérent le lendemain à se le redire les uns aux autres, tout en essayant d’apercevoir des oiseaux de feu errant dans les bois.

Je ne le savais pas encore à ce moment-là, mais je le sais à present: le vrai héros d’un conte est celui qui écoute. C’est Frankie qui était le troisième prince. Cétait lui qui avait le plus besoin d’entendre cette histoire, son histoire. Tous les rêveurs, ceux qui sont dans la lune, les gamins qu’on envoye chaque jour au bureau du directeur, les enfants peu valorises qui viennent des quartiers les plus pauvres de la ville – et oui, meme le gosse qui émet des bruits grossiers au lieu de se tenir bien poliment – tous pourraint posséder des qualités de héros, si seulement nous savions les déceler en eux.

Apres cet été-là, été fatidique, je travaillai à ramasser et apprendre un grand nombre de contes folkloriques, tout en inventant mon chemin de conteur. Quant à Frankie, je continue à le chercher dans tous les auditoires. Je lui dois toujours un conte.