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Votre programme d’art et d’artisanat est-il à la hauteur?

Posté le 4 avril 2016 par Dr. Christopher Thurber

Canadian Camping Association Crafts« Qu’est-ce que c’est? », m’a demandé mon chef de cabine. Nous avons tous les deux admiré mon œuvre en argile vernie qui sortait du four. J’avais 12 ans. Je n’avais rien créé de précis. J’avais plutôt conçu un peu n’importe quoi en m’amusant simplement à modeler l’argile pendant les longues périodes du programme d’art et d’artisanat. Mais chose sérieuse, il fallait maintenant que j’identifie mon projet!

« Humm… », ai-je dit tout haut.

Enfin, mon chef de cabine s’est exclamé : « Oh, je vois. C’est un cendrier. »

Et voilà. Nous étions en 1980, il était donc encore permis de faire un cendrier. Aujourd’hui, dans la mouvance du politiquement correct, le même objet serait assurément qualifié de plat à bonbons ou à noix de soya santé et hypoallergènes. Dans tous les cas, mon œuvre était bien là et elle existait en tant que telle. Comme pour la plupart des projets d’art et d’artisanat au camp, elle représentait avant tout un instantané de mes pensées, de mes sentiments et de mes actions du moment. Elle était simple et personnelle, et c’est sans doute la raison pour laquelle elle repose toujours sur le bureau de ma mère (sans cendre).

Des flots d’encre ont coulé sur ce qui définit l’art et sur ce qui le distingue de l’artisanat. Mon intention n’est pas d’écrire un essai sur l’esthétique, je tiens seulement à dire pourquoi je pense que l’art et l’artisanat sont si importants au camp. Dans mon esprit, toute initiative créative mettant les sens en éveil peut être considérée comme de l’art. En revanche, l’artisanat exige des compétences structurelles, souvent acquises en tant qu’apprenti. Naturellement, l’art et l’artisanat vont de pair. Par exemple, Michel-Ange faisait appel aux méthodes artisanales de sculpture sur pierre pour créer ses œuvres, notamment le David. De même, au camp, les enfants apprennent des techniques telles que le tissage et la menuiserie pour créer des objets d’art comme des paniers et des cabanes à oiseaux. À quelle fin?

De nos jours, on admet que l’esprit humain se compose d’intelligences multiples. Autrement dit, nous sommes dotés de différentes forces cognitives – mathématique, sociale, verbale, artistique, etc. – qui se complètent l’une et l’autre. Par conséquent, le fait de combiner des activés sportives et sociales avec des projets d’art et d’artisanat nourrit le cerveau des enfants. Il s’agit en quelque sorte d’une formation intellectuelle transversale. Le problème de certains programmes d’art et d’artisanat, c’est qu’ils sont soit trop marginalisés, soit trop mécanisés.

D’une part, il y a marginalisation, lorsque la direction du camp ne parvient pas à créer une atmosphère où l’art est valorisé. L’art et l’artisanat ne sont alors pas perçus comme des activités « cool ». Peu de campeurs participent aux maigres périodes offertes et ceux qui le font sont étiquetés comme non sportifs, non aventureux ou non hétérosexuels.

D’autre part, il y a mécanisation, lorsque la direction du camp s’appuie sur des trousses déjà toutes faites au lieu de stimuler la créativité. On demande parfois aux campeurs d’acheter des mocassins, des cabanes à oiseaux, des portefeuilles, etc. à assembler. Dans ces cas, les activités – si on peut les appeler ainsi – se résument aux explications fournies aux enfants par le moniteur sur l’interprétation des directives d’assemblage. La fibre créative des enfants s’éteint alors en même temps que leur estime de soi, puisqu’il n’y a aucun sentiment réel d’accomplissement.

Dans les meilleurs camps, les programmes d’art et d’artisanat ont le vent dans les voiles, car la direction reconnaît la valeur d’un bon équilibre entre les activités – une combinaison adéquate de sport, d’aventure et d’art. Qui plus est, ces programmes sont florissants, car ils encouragent les campeurs à affiner leurs compétences, à résoudre des problèmes et à créer de nouvelles choses. C’est excellent pour leur cerveau et leur esprit, et le personnel du camp participe alors activement à sa mission, soit de favoriser un développement positif des jeunes. En prime, certains parents et grands-parents chanceux pourraient recevoir un cendrier – ou plutôt un presse-papier – à la fin du camp.

Cet article a initialement été publié dans le blogue Week-Ender, un produit de la revue Camp Business. Pour vous abonner, rendez-vous au www.campbusiness.com.

Comment nous traitons-nous mutuellement ?

Posté le 18 mai 2015 par Dr. Christopher Thurber

« Comment nous traitons-nous mutuellement ? » Voilà la question que le directeur du leadership adressait un soir au personnel d’un des plus anciens camps de nuit de l’Amérique du Nord. À première vue, cela semblait une question vide de sens, étant donné l’étiquette de « fraternité » que le personnel s’était lui-même accolée depuis des décennies. Mais le silence qui retomba dans la salle suggérait plutôt qu’un véritable travail d’introspection avait commencé. Le directeur du leadership, Tom Giggi, restait lui aussi silencieux, incitant ainsi le groupe à une réflexion encore plus sérieuse. (L’un des points forts de Tom consiste à poser de bonnes questions ; il sait aussi attendre des réponses réfléchies, plutôt que de répondre lui-même pour le groupe.)

À l’époque où j’étais moi-même campeur, je vénérais mon chef de cabine. Dans cet environnement fortement axé sur le développement du leadership, c’était chose facile. Le prestige de devenir membre du personnel – en partie attribuable à un processus de sélection compétitif, sans parler de la grande gentillesse des moniteurs – a eu comme résultat que la plupart des campeurs du Belknap ont grandi en voulant devenir eux-mêmes chefs de cabine. Mais pour le moment, Tom nous demandait de gratter le vernis d’amabilité extérieure et d’examiner ce qu’il y avait de substantiel en dessous.

Il m’est alors revenu en mémoire qu’en 1984, l’année où j’étais aspirant-moniteur, une question semblable avait été soulevée par mon chef de division, Mark Goodman. C’était la première fois que je travaillais au camp pour toute la durée de la saison de neuf semaines, mais aussi la première fois où la bienveillance générale qui, apparemment, soutenait l’esprit de corps du personnel commençait à montrer ses failles.

« Pourquoi Saul est-il exclu du groupe ? » C’est la question que Mark m’avait posée, en parlant d’un autre aspi. Je me suis mis sur la défensive et j’ai répondu en énumérant la liste des petites manies de Saul. « Eh bien, ai-je commencé, il nous tombe parfois sur les nerfs. Je sais qu’il aime le camp, mais son enthousiasme à tout crin semble manquer de sincérité. Il pose constamment des questions dont il connaît déjà les réponses, juste pour faire la conversation. En plus, il est accaparant. Parfois, on veut rester en petits groupes les soirs de congé, mais Saul nous colle dessus comme du chewing-gum. »

J’ai continué dans cette veine pendant plusieurs minutes tandis que Mark me regardait, en hochant patiemment la tête. Finalement, je me suis rendu compte que je n’avais pas du tout répondu à sa question. J’avais plutôt répondu à une question connexe : « Qu’est-ce que vous n’aimez pas chez Saul ? », au lieu de « Pourquoi Saul est-il exclu du groupe ? ». Mark gardait toujours le silence. J’ai avalé un peu de travers avant de poursuivre.

« Saul est exclu parce que les autres aspis l’excluent. » Mark hocha la tête, presque imperceptiblement. J’ai pris une grande respiration. « Maintenant, je me rends compte que l’une des raisons pour lesquelles Saul est si accaparant et exubérant, c’est que nous ne l’incluons pas comme nous le devrions. » Le regard de Mark s’est un peu agrandi. J’ai continué : « Tu penses sans doute que si nous traitions Saul différemment, il pourrait changer. Tu voudrais nous voir l’inclure davantage. » Enfin, Mark a ouvert la bouche : « Ce serait un beau geste de votre part, digne de l’esprit du camp. »

Un nouveau chapitre s’ouvrait alors pour moi : je comprenais mieux la manière dont le camp aide les gens à grandir. Le camp est un microcosme social reproduisant presque chaque type de transgression interpersonnelle, de même que l’attitude contraire. Ainsi, les dialectiques de l’intimidation/de l’amitié, de la médisance/de la confrontation, du rejet/de l’acceptation, des préjugés/de la compréhension, de la haine/de l’amour et – oui – de l’exclusion/de l’inclusion s’immiscent dans la vie du camp à différents moments durant l’été. La clé consiste à tirer profit des forces collectives du personnel pour instaurer un esprit positif au sein du groupe. Mais pour y arriver, il faut entretenir des discussions et des réflexions qui soient régulières et sincères.

Au sein de n’importe quel groupe d’employés (en vérité, au sein de tout groupe humain, peu importe le contexte) surviendront à un moment donné des conflits qui mèneront à des gestes malheureux. Une fois cette vérité admise, les professionnels des camps peuvent prendre des mesures pour éviter les cas d’épuisement, de dépression et d’agression en organisant au moins deux discussions, une en pré-saison et une en mi-saison, qui débuteront par la question suivante : « Comment nous traitons-nous mutuellement ? ».

Après cette longue pause dans notre discussion au chalet, le soir où Tom a adressé sa question au personnel, une discussion fructueuse a eu lieu qui a débouché, entre autres, sur ce qui suit :

  • Une reconnaissance des petites habitudes insignifiantes qui se changent en traditions au fil du temps, et qui finissent par blesser sans qu’on le veuille.
  • Une meilleure prise de conscience des besoins des autres, et des idées pour apporter du soutien.
  • Une motivation plus grande à agir de façon inclusive, au bénéfice de tous.
  • Une appréciation sincère de la réelle bienveillance que les membres du personnel se témoignent les uns envers les autres.
  • Une sensibilité renouvelée quant à la manière dont la structure hiérarchique au sein du personnel peut poser obstacle à une communication ouverte et franche.

La plupart des membres du personnel ont quitté la séance de formation cette nuit-là encouragés par les idées du groupe. Ils avaient également adopté deux ou trois nouvelles pratiques concrètes s’inspirant d’un esprit de générosité et d’inclusion bien plus conforme à l’idéal de leadership qu’ils entretenaient quand ils étaient campeurs. La différence, c’était que leur vision de pure bienveillance semblait maintenant plus proche de la réalité. Un membre du personnel a bien résumé la situation : « Nous nous traitions entre nous d’une manière que nous n’aurions jamais tolérée chez les campeurs. »

En pré-camp, planifiez une ou deux séances de discussion où les membres de votre personnel s’entretiendront de la manière dont ils se traitent mutuellement en privé. La façon dont ils se comportent entre eux après les périodes d’activité, durant leurs heures de repos et en l’absence des campeurs reflète-t-elle vraiment les valeurs qu’ils sont censés incarner en tant que membres de votre camp ?

Cet article a initialement été publié dans le blogue Week-Ender, un produit de la revue Camp Business. Pour vous abonner, rendez-vous au www.campbusiness.com.

Le camp pour lutter contre l’intimidation

Posté le 26 avril 2015 par Dr. Christopher Thurber

En 1929, Hedley Dimock et Charles Hendry publient Camping and Character: A Camp Experiment in Character Education (Le camp et le caractère : une expérience en camp sur le développement du caractère), le rapport d’une étude réalisée sur plusieurs années au Camp Ahmek en Ontario. L’étude visait à observer les changements chez les campeurs pendant un séjour de six semaines et de comprendre les mécanismes derrière ces changements. Au nombre des plus de 50 comportements répertoriés par les auteurs figurait l’intimidation. Dimock et Hendry observent que même de petites augmentations de comportements d’intimidation font réagir le personnel. Ils ont également été encouragés par l’énorme augmentation de comportements prosociaux chez les jeunes. Mon préféré : « approcher amicalement un garçon antipathique. »

Quatre-vingts années plus tard, qu’avons-nous appris sur l’intimidation? D’abord, que l’intimidation en tant que telle n’est qu’un côté de la médaille. Pour chaque intimidateur, il y a au moins une victime. Deuxièmement, l’intimidation est cyclique. Une étude récente du Centre américain pour le contrôle des maladies confirme qu’environ trois quarts des intimidateurs sont eux-mêmes des victimes et qu’environ trois victimes sur quatre intimident à leur tour. Troisièmement, l’intimidation est un phénomène social, une interaction dynamique et complexe à la base de laquelle se trouvent des relations malsaines. Punir n’est donc pas la solution; il faut créer des relations saines. Enfin, les témoins d’intimidation peuvent faire quelque chose : un simple « c’est pas correct, ça » ou « lâche-le donc » a le pouvoir de freiner l’intimidation.

Les camps sont bien armés pour lutter contre l’intimidation parce qu’ils constituent un milieu social sain. Au camp, les moniteurs supervisent les jeunes et ont la possibilité d’éduquer les intimidateurs et leurs victimes. Les moniteurs peuvent enseigner les types de comportements prosociaux que Dimock, Hendry et leurs prédécesseurs ont observé dans les camps. C’est plus facile à faire que la plupart des gens le pensent, en partie parce que l’intimidation est souvent une tentative malavisée de créer des liens sociaux. Si vous pouvez enseigner à un intimidateur comment tisser des liens sans avoir recours à la force, aux menaces ou à la violence, vous l’aidez à trouver satisfaction à ses besoins plutôt que de le punir pour ses mauvais coups.

De façon concrète, le camp aide les jeunes des façons suivantes :

  • en leur offrant les modèles de relations interpersonnelles que sont les moniteurs;
  • en incluant la victime et les témoins dans les interventions;
  • en renforçant l’estime de soi fragile de l’intimidateur en lui offrant des occasions de réalisation de soi et de connexion humaine dans divers contextes sportifs et artistiques;
  • en enseignant aux intimidateurs comment interagir et tisser des liens de façon saine. On veut tous appartenir à un groupe – le problème avec les intimidateurs, c’est qu’ils s’y prennent de façon antisociale;
  • en enseignant aux victimes à se dresser contre l’intimidateur d’une façon à ce que celui-ci ne tire aucune satisfaction de son comportement;
  • en établissant au début de la session et en répétant des directives strictes en ce qui concerne la gentillesse et la générosité, puis en multipliant les éloges lorsque les moniteurs sont témoins de comportements prosociaux;
  • en permettant aux intimidateurs et aux victimes de rejouer des interactions inacceptables sous la supervision d’employés adultes expérimentés;
  • en créant délibérément une culture de bienveillance et d’entraide qui peut être différente de celle que les campeurs retrouvent dans leur école ou leur quartier, puis en les immersant dans cette culture;
  • en laissant s’exercer une pression sociale positive qui fait en sorte que les enfants se sentent appréciés et récompensés pour leur gentillesse, leur honnêteté, leur douceur et leur générosité.

Le camp n’est pas une panacée à l’intimidation. En dehors du camp, des forces puissantes, comme la violence dans les médias, inculquent chez les jeunes la notion que la violence est une solution efficace et glorifiante à certains problèmes sociaux. Néanmoins, le camp est une puissante force de changement. Éduquer les intimidateurs, leurs victimes et les témoins n’est qu’une des nombreuses façons que le camp enrichit des vies et change le monde.

Alors la prochaine fois que vous parlerez avec un parent de la façon dont votre camp gère l’intimidation, allez plus loin que « Nous ne tolérons pas l’intimidation ». Expliquez comment votre personnel est formé pour aider les jeunes à se faire des amis. Voilà la meilleure façon de prévenir un comportement antisocial : permettre à chacun de développer un sentiment d’appartenance.

Ensuite, expliquez comment vous jumelez formation en ligne avant la saison et formation sur les lieux pour former votre personnel à repérer l’intimidation, à enseigner des comportements prosociaux, à encourager les témoins à intervenir et à donner aux intimidateurs la chance de faire amende honorable. Il y a aura toujours des comportements graves qui exigent un renvoi, mais la plupart des cas d’intimidation se situent sous ce seuil. Faites valoir la qualité de votre camp en montrant que votre personnel est bien préparé à prévenir l’intimidation et à intervenir de façon réfléchie en cas de besoin.

Cet article a initialement été publié dans le blogue Week-Ender, un produit de la revue Camp Business. Pour vous abonner, rendez-vous au www.campbusiness.com.