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Les leçons de vie qu’on apprend au camp

Posté le 13 juin 2013 par Jeff Blair

Le camp et mes moniteurs ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. C’est pendant les étés que j’ai passés en forêt et au bord d’un lac que j’ai vécu, grâce au leadership de mes moniteurs, quelques-uns des moments les plus marquants et formateurs de ma vie.

Le travail de moniteur de camp n’est pas pour tout le monde. Ça prend un type particulier de leadership. Lorsque j’avais quinze ans, je suis allé sur ma première excursion de canot dans le parc Algonquin, en Ontario. Les seules autres personnes sur l’excursion étaient six autres garçons et deux moniteurs. Nous passions les journées à pagayer sur des rivières marécageuses et faire des portages dans des sentiers boueux, bravant chaleur, pluie et moustiques. Au début, c’était pénible. Le troisième jour de notre excursion de sept jours, j’en avais assez. En plein milieu d’un portage d’une géante côte, j’ai jeté mon canot par terre et me suis assis dans la boue. Mon moniteur, qui était devant moi sur le sentier, est venu me demander ce qui n’allait pas. Je lui ai dit que je n’en pouvais plus de transporter le canot, ce à quoi il a répondu : « Ok, mais les neuf d’entre nous, ensemble, on peut trouver une façon d’y arriver. » Et effectivement, trois compagnons qui avaient terminé leur portage et moi avons pris des tours à transporter le canot jusqu’à l’autre bout, et de là nous avons poursuivi l’excursion.

C’est cette simple leçon de travail d’équipe et de leadership qui m’a inspiré à devenir moniteur et guide d’excursion de canot des années plus tard. Pendant six étés, j’ai guidé une vingtaine d’excursions de canot regroupant au total près de cent cinquante jeunes hommes et jeunes femmes. C’est souvent un travail ingrat. Comme moniteurs et guides d’excursion, on nous confie la responsabilité du bien-être et de la sécurité de ce que les gens ont de plus cher, leurs enfants. En plus de s’occuper des difficultés qui surviennent au quotidien lorsque les enfants sont loin de la maison (pipi au lit, intimidation, ennui, coupures et égratignures) et de celles qui caractérisent la transition à l’âge adulte (relations, estime de soi, identité), les moniteurs de camp sont appelés à inspirer confiance, résoudre les conflits, prendre soin de l’environnement et être de bons leaders, tant auprès des campeurs que de leurs collègues.

Les moniteurs travaillent de plus longues heures que ne l’exige l’emploi moyen et sont moins payés pour le faire. Comme moniteur dans un camp de séjour ou sur une excursion de canot, on ne travaille pas de neuf à cinq, du lundi au vendredi. En fait, notre rôle se rapproche davantage de celui d’un parent à temps plein. Les moniteurs de camp sont de service vingt-quatre heures par jour, devant s’occuper des problèmes pouvant survenir pendant la nuit et se réveiller le lendemain avec le sourire. C’est l’équivalent d’un boulot qui exige de travailler toute la journée, tous les jours, mais de n’être rémunéré que pour quarante heures par semaine au salaire minimum.

J’ai choisi d’être moniteur quand même. Je l’ai fait parce que la satisfaction personnelle que j’y ai retirée a de loin dépassé toute rémunération que j’ai pu y toucher. Les habiletés et compétences que j’ai acquises au camp, autant de mes moniteurs que comme moniteur moi-même, m’ont influencé comme personne et ma façon de voir le monde. Cette expérience m’a montré qu’encadrer, éduquer et inspirer les autres est une vocation méritoire, et qu’il n’y pas d’expression plus authentique de leadership et d’engagement que de le faire sans récompense.

Le moniteur sur ma première excursion de canot aurait facilement pu lui-même porter mon canot jusqu’à l’autre bout du portage. Il aurait tout aussi bien pu me dire que j’étais « inutile », « faible » ou que je ne « faisais pas partie de l’équipe » parce que je n’arrivais pas à porter mon canot. Mais à la place, il a choisi de me permettre et de permettre aux autres membres de l’excursion de trouver une solution au défi par la coopération.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises dans ma vie de me faire demander par des amis et collègues de l’extérieur du camp pourquoi je passais mes étés au camp, alors qu’il existant tant de « meilleurs » emplois pour les jeunes. Il s’avère qu’aucun de ces « meilleurs » emplois n’est aussi formateur, valorisant et gratifiant que celui de moniteur de camp. Être moniteur a fait ressortir le meilleur de moi-même et m’a enseigné à composer avec le pire chez les autres. Si cela fut mon expérience au camp, on dirait que mes connaissances de l’extérieur peinent à le comprendre. Peut-être qu’ils ne le comprendront jamais. Mais je pense qu’en tant que gens de camp, nous avons la responsabilité de partager nos expériences de camp, si ce n’est que pour encourager le type de pensée positive et d’apprentissage que le camp nous a enseigné.

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Alumni at Camp Wenonah
Jeff Blair was a camper, leadership participant, and long time staff member at Camp Wenonah (Muskoka, ON). Jeff grew up in Toronto and is currently a graduate student at Dalhousie University in Halifax, Nova Scotia. His first experience at a summer camp was in 1999.