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La technologie au camp : à proscrire ou encadrer?

Posté le 10 mars 2014 par Julie Hartley

Lors d’une récente conférence de l’Association des camps de l’Ontario, une discussion intéressante a suivi une présentation sur la technologie et les téléphones cellulaires au camp. Un camp traditionnel a défendu les mérites d’une politique de tolérance zéro sur toute technologie au camp. Le point (bien reçu) était que les jeunes d’aujourd’hui vivent dans un monde tellement branché qu’il est essentiel à leur croissance personnelle et sociale d’apprendre à vivre quelques semaines sans accès aux portables, iPad, téléphones et, surtout, aux médias sociaux.

Le conférencier était entièrement d’accord. Il a souligné que la technologie mène nos vies. Elle envahit nos temps libres, de sorte que l’anxiété chez les jeunes est plus prévalente que jamais. Nombreux d’entre nous avons commencé à oublier ce qu’on faisait de tout le temps libre dont nous disposions avant cette invasion. Vous en souvenez-vous? On jasait avec nos amis, on jouait plus souvent avec nos enfants, on remarquait ce qui se passait autour de nous et on se regardait même dans les yeux autour de la table à dîner. L’assaut de la technologie a aussi contribué au syndrome des parents hélicoptères : les parents sont devenus des béquilles pour leurs enfants à force d’être présents en quasi-permanence. Les enfants grandissent sans apprendre à résoudre des petits problèmes par eux-mêmes. L’impact, sur tous les camps, est énorme. Le conférencier a conclu en disant que les parents d’aujourd’hui sont moins disposés à laisser leurs enfants vivre des expériences difficiles et en tirer des leçons. Ils ont oublié que ce sont parfois les circonstances difficiles dans la vie de jeunes enfants qui les façonnent pour le mieux.

Notre camp est d’accord en tous points avec le conférencier… mais ne croit pas nécessairement qu’une politique de tolérance zéro est la solution, du moins par pour nous. D’abord, nous ne sommes pas un camp en milieu sauvage. Nous offrons des programmes qui dépendent de la technologie. Nos moniteurs de danse conservent leur musique sur leurs téléphones intelligents. Il arrive qu’un moniteur garde l’ensemble de ses plans et ressources pour un atelier dans son ordinateur portable qu’il amène au camp. En création littéraire, nos campeurs préfèrent parfois écrire sur leurs ordinateurs et le moniteur utilise un portable pour publier leurs œuvres en ligne. En photo, les campeurs amènent souvent leur propre ordinateur et logiciel pour manipuler leurs images. Quand la technologie contribue si souvent de façon positive à notre programmation artistique, ce serait difficile d’interdire aux campeurs d’utiliser leurs téléphones intelligents pour enregistrer une chanson qu’ils ont écrite, prendre des photos artistiques autour du camp ou partager de la musique dans le dortoir. Cela dit, nous sommes entièrement d’accord que l’accès au téléphone et à Internet au camp doit être encadré. Il est inévitable qu’un campeur qui a accès à ses amis et à sa famille en appuyant sur un bouton investisse moins d’effort pour se faire des amis au camp et se trouvera constamment tiré vers ce qui se passe à la maison.

S’ils avaient constamment accès à leurs téléphones intelligents, je pourrais imaginer que nos campeurs se sentent obligés de publier constamment des photos sur Instagram et n’interagissent jamais pleinement avec leurs amis de camp. Notre personnel est formé pour aider un campeur à vivre et résoudre des situations difficiles. Imaginez si, à la place, un campeur appelait à la maison l’instant qu’il devient mécontent et demande l’intervention d’un parent. La possibilité de l’encadrer dans son apprentissage et de l’aider à grandir serait perdue et le campeur continuerait d’être dépendant de son système de soutien habituel.

Quelle est notre politique, alors? Nous préférions que tous les cellulaires et appareils branchés au Web soient laissés à la maison. Par contre, un adolescent qui y tient absolument peut laisser ses appareils électroniques au bureau du camp. Les campeurs ont accès à leurs téléphones à des heures fixes, deux fois par semaine. Ils peuvent consulter les médias sociaux, appeler à la maison et faire tout ce qu’ils souhaitent avec leurs appareils pendant cette période.

Puisque la technologie évolue constamment, les camps doivent régulièrement revoir leurs politiques afin d’assurer qu’elles sont réalistes et raisonnables, c’est-à-dire compatibles avec les besoins des campeurs et des moniteurs, mais aussi avec ce que les parents et campeurs sont prêts à accepter. C’est déjà le cas que certains ados renoncent à un séjour en camp de vacances parce qu’ils sont trop accrocs à la technologie… et ça, c’est inquiétant. Chez Centauri, on revoit notre politique en matière de technologie chaque année pendant la période de précamp. L’année dernière, j’étais surprise de constater combien de moniteurs dépendaient de leurs appareils électroniques pour la lecture. Un jour, ce pourrait être impossible de « bannir » la technologie au camp, à moins qu’on veuille bannir la lecture!

Lorsqu’on a introduit notre politique sur les téléphones cellulaires il y a trois ans, on s’attendait à voir beaucoup de jeunes débarquer avec leurs téléphones cellulaires. Ce n’est pas arrivé. À peine 10 % de nos campeurs amènent leurs téléphones, et c’est presque toujours les ados plus âgés. On s’attendait également à ce que les campeurs qui ont apporté leurs téléphones passent chaque minute de la période permise à les utiliser. Ce n’est pas arrivé non plus. Les campeurs appellent généralement leurs parents, vérifient les médias sociaux rapidement, puis retournent à leur dortoir.

Pourquoi? Parce qu’ils sont tellement investis dans ce qui se passe avec leurs amis de camp qu’ils ne veulent absolument rien manquer.

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Founding Director at Centauri Arts Camp
Julie Hartley is a writer, director, storyteller, speaker and playwright who teaches theatre at the high school and university level, in Canada and in the UK. She is the author of more than twenty plays for young people, many of which have been performed across Canada and the British Isles. Hartley was shortlisted for the International Pilot Pen writing award and was the recipient of the 2010 Peace Poetry Prize in the UK. Her poetry and short stories have been published in literary magazines in England and Canada, including This Magazine, The Antigonish Review, Event Magazine and CV2. She is a founding director of Centauri Summer Arts Camp, which offers 40 residential summer arts courses each year for youth from all over the world. Hartley works as a freelance writer, director, storyteller, theatre workshop leader and keynote speaker, while continuing as a director of Centauri Summer Arts. She is currently working on a novel, and completing a drama handbook for teachers.