Article

10 raisons de donner 10 secondes à vos jeunes

Posté le 30 mars 2015 par Dr. Christopher Thurber

Lors d’une récente réunion des enseignants, notre directrice de l’informatique expliquait les mises à niveau apportées au système informatique de l’école. « Grâce à ces mises à niveau, dit-elle, les pages que vous consultez fréquemment, par exemple celles où vous entrez les notes, se chargeront beaucoup plus rapidement. » Une de mes collègues lève sa main et exprime son impatience de voir ces améliorations implantées « parce que la vitesse à laquelle certaines pages se rechargent est épouvantablement lente ». Ma curiosité est piquée. « Je dois parfois attendre trois ou quatre secondes. C’est inacceptable. » Wow. Si quatre secondes est « épouvantablement lent », j’ose à peine penser comment cette collègue supporterait, par exemple, de faire des biscuits.

Canadian summer camperJ’aime les débits de connexion rapides autant que n’importe qui. Et oui, faire des biscuit n’est pas la même chose que naviguer sur la toile. Le temps est une constante jusqu’à ce qu’on s’approche de la vitesse de la lumière, mais la perception de la vitesse est fonction de la tâche. La question, donc : à quel point sommes-nous devenus impatients si nous trouvons inacceptable d’attendre quelques secondes?

On doit tous cultiver notre patience, surtout si on travaille avec des jeunes. Voici dix raisons de donner 10 secondes à vos jeunes. (Aucune n’a rapport à Internet. Patient ou pas, je pense qu’on peut tous s’entendre pour dire qu’en ce qui concerne le temps de chargement, plus c’est rapide, mieux c’est. Mais essayez de rester équanime lorsque votre fureteur prend une grande respiration.)

  1. Pour mieux comprendre. Les enfants ne disent pas toujours ce qu’ils pensent (« je m’ennuie », « c’est plate les maths » « l’arbitre est un idiot »). Lorsque vous vous donnez 10 secondes pour songer à ce qui se cache derrière les paroles d’un enfant (« je suis triste » « je ne comprends pas » « je suis déçu qu’on ait perdu »), vous êtes mieux à même de répondre avec empathie.
  2. Pour éviter de dire quelque chose que vous regretterez. Lorsque vous attendez avant d’ouvrir la bouche – même si vous ne comptez pas jusqu’à dix – vous êtes moins susceptible de crier, de jurer ou d’exagérer.
  3. Pour que les jeunes se sentent écoutés. Même lorsque vous vous sentez calme et avez confiance d’avoir compris ce qu’un jeune pense et ressent, cela peut leur faire du bien lorsque vous faites à l’occasion une pause avant de répondre. Cela montre que vous les avez à coeur sans avoir à le dire.
  4. Pour que les autres aient la chance de répondre. C’est facile de penser que vous avez les plus judicieux conseils jusqu’à ce que vous donniez à d’autres, adultes et enfants, la chance de s’exprimer. C’est à la fois respectueux et enrichissant.
  5. Pour que les enfants aient le temps de traiter l’information. Tous les jeunes ont besoin de temps pour penser à ce que vous leur avez dit ou demandé, tout particulièrement ceux qui sont atteints d’un trouble du développement comme l’autisme. Lorsqu’un enfant opère à un autre rythme, c’est à vous de ralentir. Plutôt que de répéter la question ou de décider pour les autres, attendez qu’ils formulent une réponse.
  6. Pour avoir l’air plus intelligent. La première chose qui vous vient à l’esprit pourrait être pertinente, mais la deuxième ou la troisième pourrait l’être encore plus. C’est correct de dire : « Humm… laisse-moi y penser pour une seconde » et d’en prendre dix. Les paroles de sagesse sont plus susceptibles de vous venir à l’esprit après que vous ayez laissé un peu de temps s’écouler.
  7. Pour vous assurer que votre interlocuteur a terminé de parler. Les adultes ont cette fâcheuse tendance à croire qu’ils savent ce qu’un jeune s’apprête à dire. Lorsqu’on attend occasionnellement après la fin d’une phrase, c’est parfois une nouvelle phrase ou une toute nouvelle idée qui jaillit. Et on peut être sûr de ne pas avoir interrompu.
  8. Pour favoriser la créativité. Au-delà du champ d’une conversation (le sujet des raisons précédentes), on a d’autres occasions de donner de l’espace aux jeunes. Le jeu est un domaine où les adultes essaient constamment d’interrompre les jeunes. Nous donnons des instructions et des conseils, alors que ce qu’on devrait faire – dans une situation de jeu libre – c’est de jouer avec les jeunes. Essayez de demander une question comme « qu’est-ce qui se passe après? » plutôt que d’être directif en disant quelque chose comme « ça doit aller ici ».
  9. Pour que les jeunes sentent qu’ils ont toute votre attention. Lorsqu’on ralentit le rythme d’une interaction verbale ou non verbale avec un enfant ou un adolescent, cela veut souvent dire qu’on met de côté appareils mobiles, paperasse et télécommande. Dans la mesure du possible, accordez votre attention entière plutôt que de la diviser. La qualité souffre plus on effectue de tâches simultanément.
  10. Pour développer votre tolérance à l’attente. Le cerveau des jeunes est encore en développement. Attendez-vous à ce qu’ils soient impulsifs, insouciants, égoïstes, préoccupés, facilement distraits et, parfois, franchement lents. Donnez-leur le temps de grandir et d’apprendre sans les interrompre ou les presser.

Le moment est venu de dévoiler une donnée qui vous étonnera : vous n’avez pas une perception juste de ce que 10 secondes représentent lors d’une interaction avec un jeune. Comptez dix secondes maintenant, pour vous pratiquer. Mettez-vous devant un miroir et posez-vous une question compliquée. Maintenant, attendez dix secondes complètes pour la réponse. Mille et un, mille et deux, mille et trois, mille et quatre, mille et cinq, mille et six, mille et sept, mille et huit, mille et neuf, mille et dix. Maintenant, vous serez mieux à même de le faire dans une vraie situation.

Cela peut sembler contreintuitif, mais pour améliorer vos interactions personnelles, il faut ralentir plutôt qu’accélérer.

Cet article a initialement été publié dans le blogue Week-Ender, un produit de la revue Camp Business. Pour vous abonner, rendez-vous au www.campbusiness.com.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Christopher Thurber est membre du corps enseignant de la Phillips Exeter Academy, un pensionnat mixte. Il est père de deux enfants et auteur du livre à succès Summer Camp Handbook. En 2007, il confonde Expert Online Training. Sa vision : en faire le leader mondial de l’éducation en ligne pour intervenants en développement des jeunes. Camps, écoles et familles trouveront d’autres ressources au CampSpirit.com. Pour réserver un atelier ou communiquez avec Chris directement : chris@campspirit.com.